Fibromyalgie, comment le cerveau intensifie la douleur

Maladie qui peine à être reconnue en France, la fibromyalgie était à l’honneur dans l’émission santé de Figaro Live «Toc Toc Docteur».

La fibromyalgie se manifeste par des douleurs diffuses, notamment musculaires (certains points précis anormalement douloureux sous une pression modérée ont été identifiés), qui se prolongent pendant des mois voire des années (douleur chronique) et s’associent à une fatigue intense, des troubles du sommeil, et souvent d’autres symptômes comme par exemple les troubles de l’humeur (anxiété, dépression). Bien que la fibromyalgie figure dans la classification internationale des maladies de l’OMS depuis 1992, la France s’est toujours refusé à la considérer comme telle, sans pour autant nier l’existence d’un syndrome (ensemble de symptômes).

La difficulté vient de ce qu’il n’existe pas d’examen indiscutable pour affirmer le diagnostic de fibromyalgie et que l’on ignore la cause de son apparition. Ce qui complique la reconnaissance de la souffrance des malades, en particulier dans le monde du travail. D’ailleurs, les examens (radiologie, prise de sang, etc.) qui sont réalisés ne sont pas faits pour poser le diagnostic de fibromyalgie mais pour écarter d’autres pathologies nécessitant un traitement spécifique. la découverte d’une autre pathologie peut parfois expliquer les symptômes mais elle peut aussi être simplement associée.

La fibromyalgie se trouve être encore un diagnostic par défaut, quand on ne trouve rien d’autre, ce qui semble aujourd’hui très réducteur puisque des chercheurs, imagerie à l’appui, ont mis en évidence des perturbations de la modulation cérébrale de la douleur qui expliquent les symptômes. Une expertise en cours à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur la fibromyalgie devrait permettre d’y voir plus clair. Les conclusions sont attendues mi 2018. Pourquoi est-ce compliqué?

La douleur est invisible

La douleur, tout le monde sait ce que c’est. Cependant, pour la science, cela reste une notion complexe. La douleur est avant tout une expérience personnelle avec une dimension affective et cognitive (mémoire, concentration, attention) pour laquelle il n’existe pas de marqueur indiscutable. On a cru pouvoir se tourner vers l’imagerie cérébrale moderne (IRM fonctionnelle et autre Pet-Scan), pour «voir de l’extérieure» la douleur ressentie par un individu, mais les scientifiques ont dû rabattre leurs prétentions. En réalité, toutes les douleurs ne sont pas visibles à l’imagerie médicale et lorsque c’est le cas, elle n’est pas ressentie de la même manière par deux personnes.

Il n’empêche que les nombreux travaux menés ces vingt dernières années grâce à l’imagerie cérébrale ont confirmé ce que chacun sait intuitivement: Le contexte et son impact psychologique peuvent moduler la douleur dans un sens et dans l’autre. Les neuroscientifiques parlent de voies nerveuses ascendantes, pour le signal nociceptif qui remonte d’un endroit du corps malmené (par un stimulus douloureux), et de voies descendantes pour celles qui partent du cerveau (pensées, émotions, mémoire etc.) pour venir moduler la douleur. Comme si les deux influx se rencontraient pour décider de l’intensité et du caractère plus ou moins déplaisant du message sensoriel envoyé par le corps. C’est pourquoi, d’une certaine façon, la douleur n’existe vraiment que dans le cerveau.

Le cerveau module la douleur

Une modulation du cerveau qui peut donc amplifier ou atténuer la douleur. L’atténuer, lorsque l’on anticipe par exemple les bienfaits d’un massage profond. L’amplifier lorsque l’on est victime de douleurs chroniques, comme c’est le cas dans la fibromyalgie. D’ailleurs, même en l’absence de tout stimulus douloureux, des zones de la douleur peuvent s’activer dans le cerveau, en cas de fibromyalgie. Encore faut-il être prudent car la douleur a un effet très large sur le cerveau, au-delà de ces zones spécifiques. Là encore, il suffit d’avoir mal quelque part pour savoir que les capacités du cerveau à se mobiliser sur une tâche quelconque sont sérieusement compromises.

Ce qui est intéressant avec cette meilleure connaissance de la modulation cérébrale de la douleur, c’est qu’elle peut être utilisée au bénéfice de la personne qui souffre. De nombreuses thérapies non médicamenteuses reposent sur la modulation des circuits cérébraux de la douleur, soit à base de relaxation physique, soit visant directement le cerveau: thérapies cognitives comportementales, gestion des émotions. Cette dernière approche vient de montrer des résultats très intéressants pour la fibromyalgie dans une étude américaine.

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